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INTERVIEW : Steve Humbert

"Ca volait bas dans la petite 205 !"

A 35 ans, Steve Humbert, « un vite » comme on dit dans le jargon automobile, a décidé de raccrocher le casque. Mais le pilote agriculteur de Villeveyrac, va tout de même continuer à vivre sa passion en officiant comme ouvreur de l’espoir Mazamétain Jordan Berfa, en championnat de France des rallyes.

 

Dorian Hirat :  C’est avec regret que j’ai appris via les réseaux sociaux que vous aviez décidé de mettre fin à votre carrière. Le rallye occitan va perdre l’un de ses plus brillants animateurs, en avez-vous conscience ?

Steve Humbert : Oui et non. Il y a quand même du monde qui roule dans notre région. Il y a de la relève. On a toujours roulé avec de petites autos et en essayant d’être au maximum voir même à 120%. On a fait des exploits à notre niveau comme par exemple, une 6e place au Vallespir et une 5e place au Fenouillèdes avec la 205 Gti en 2009. Ca nous a donné l’envie d’aller en championnat de France l’année suivante. On a réussi à se faire remarquer et décrocher quelques sponsors comme ABP turbo qui m’a beaucoup aidé. Malheureusement, on n’a pas eu la chance de rouler avec une grosse auto.

 

D.H. : Quand vous regardez dans le rétro, que voyez-vous ? Quels sont les souvenirs marquants ?

S.H. : Il y a des fois où ça volait bas dans la voiture. Je me souviens en particulier d’un 2e temps scratch dans une spéciale lors du rallye du Printemps. On a fait quelques résultats inespérés en championnat de France… Je me rappelle aussi de notre participation au rallye de France 2010 en Alsace. Certainement le meilleur souvenir. On passait derrière les WRC en doublure de l’épreuve du championnat du Monde. On avait terminé 21e ou 22e et 1er F2000. On empruntait les mêmes spéciales et on pouvait comparer les temps. On avait vu qu’on était dans les mêmes temps que Burkart, le pilote officiel Suzuki. Il évoluait au volant d’une Suzuki Ignis Super 1600 et nous avec notre petite 205 1600 de 140 cv !

 

D.H. : Pourquoi arrêter alors que vous êtes en plein dans la force de l’âge ?

S.H. :  C’est vrai que  je me sens plus rapide que 10 ans en arrière, mais je ressens aussi beaucoup plus d’appréhension. Ma petite fille de 3 ans, l’entreprise, et puis on est sorti au rallye de l’Hérault l’an dernier. Mon copilote Quentin Devochelle a eu des fractures aux vertèbres. Tout ça cumulé, ça fait réfléchir. On était pourtant parti pour faire une belle saison avec la nouvelle 206. Je me suis dit que c’était peut-être un avertissement et qu’il fallait faire gaffe. 

 

D.H. : Qu’en est-il de votre collaboration avec l’espoir Jordan Berfa, champion de France sur terre 2017 ?.

S.H. : On a entamé notre collaboration en 2016, lorsqu’il était pilote officiel Peugeot en Mondial avec la 208 R2. Jérôme son père (ABP turbo) m’avait aidé en 2010. Il m’a contacté car il cherchait un pilote rapide avec un œil avisé pour faire ouvreur. J’ai tout de suite été intéressé. On a commencé à travailler ensemble lors du Monte-Carlo 2016. Le feeling est bien passé car nous avons la même approche avec Jordan. Cette saison 2018, je poursuis mon rôle d’ouvreur pour lui sur l’intégralité du championnat de France asphalte. 

 

D.H. : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce rôle d’ouvreur ?

S.H. : C’est un rôle hyper important surtout ici au Touquet pour la première manche du championnat où l’état de la route change sans arrêt avec les conditions météo depuis le dernier passage du pilote en reconnaissance. Mon travail consiste à passer dans chaque spéciale deux heures avant Jordan et je note l’évolution de la route. En fonction de mon appréciation et de mon expérience, je peux lui conseiller de modifier quelques notes. Jordan a tendance à être optimiste sur les vitesses de passage en courbe. Parfois j’ai rabaissé quelques notes et il m’en a remercié à la fin du rallye. Ca fait plaisir. Je ne suis pas là pour le ralentir mais pour l’aider à être à l’arrivée. Cette année, la FFSA n’autorise plus que deux passages au lieu de 3 en reconnaissance, ce qui rend le rôle de l’ouvreur encore plus important. 

 

D.H. : Comment appréciez-vous cette limitation des reconnaissances ?

S.H. : C’est une bonne chose et cela va dans le sens de la survie du rallye. On ne peut pas se permettre d’importuner de manière exagérée les riverains de l’épreuve. Avec une méthode de prise de note avec l’angle du volant pour indiquer les différents types de virages, 2 passages en reco c’est suffisant. Cette méthode est mathématique et en course, il n’y a pas de surprise. Lors du deuxième passage, le pilote confirme les angles à son copilote puis il affine les indications concernant les trajectoires, les cordes et les zones de freinage. Ensuite, il n’y a plus qu’à mettre le casque et feu !

 

D.H. : Pas déçu de ne pas avoir eu la chance comme Jordan Berfa de rouler au volant d’une auto de pointe ? 

S.H. : Je ne suis pas envieux. Je trouve ça formidable qu’il puisse vivre cette aventure en famille avec ses parents et grands-parents autour de lui. Ca fait rêver mais je suis très content de participer à cette aventure à ma place. C’est une expérience gratifiante.

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Photo 1 / 4 du véhicule INTERVIEW : Steve Humbert Photo 2 / 4 du véhicule INTERVIEW : Steve Humbert Photo 3 / 4 du véhicule INTERVIEW : Steve Humbert Photo 4 / 4 du véhicule INTERVIEW : Steve Humbert
  • Steve Humbert grand par la taille et le talent met désormais son expérience au service de Jordan Berfa.
    Steve Humbert grand par la taille et le talent met désormais son expérience au service de Jordan Berfa.
  • 2009 année de la révélation pour le pilote héraultais, qui décroche ici la 5ème place du rallye du Fenouillèdes.
    2009 année de la révélation pour le pilote héraultais, qui décroche ici la 5ème place du rallye du Fenouillèdes.
  • Steve Humbert
    Steve Humbert
  • Très attendu au bord des spéciales, Steve Humbert suscitait toujours l'enthousiasme des spectateurs.
    Très attendu au bord des spéciales, Steve Humbert suscitait toujours l'enthousiasme des spectateurs.
Publié le par Copilot.fr
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