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INTERVIEW : Sébastien DELAUNAY

« Mon objectif est de remporter le Dakar dans les 5 ans à venir »

Ambitieux, le copilote roussillonnais l’est assurément. Etape par étape, intelligemment et méthodiquement, il a su faire de sa passion son métier. Sous les phares des projecteurs lors du dernier Dakar grâce à une provisoire 5e place avant d’abandonner, le discret Sébastien Delaunay est en train de s’imposer comme un as du copilotage dans le désert. Son palmarès fort de 3 titres en Coupe du Monde de rallye raid, pourrait bien encore s’étoffer cette saison qu’il va disputer avec l’espoir britannique Harry Hunt, à bord d’un Peugeot 3008 DKR usine.

Dorian Hirat : Je dois vous avouer que je n’avais pas entendu parler de vous avant le rallye du Fenouillèdes 2017. Est-ce que ça fait longtemps que vous êtes dans les Pyrénées-Orientales ?

Sébastien Delaunay : J’habite à Villeneuve-de-la-Raho depuis deux ans. C’est un coin sympa entre mer et montagne avec une bonne qualité de vie. Je ne suis pas loin des aéroports internationaux de Barcelone et Toulouse. La proximité avec la base d’essai de Fontjoncouse dans l’Aude, est aussi un point important.

 

D.H. : Quel a été votre parcours dans le sport auto jusqu’à présent ?

S.D. : J’en suis à ma 14e licence. Bien je que ne sois pas issu d’une famille de passionnés de sports mécaniques, le Dakar a été un rêve pour moi depuis que je suis gamin. C’est resté longtemps dans un coin de ma tête et à 25 ans, j’ai acheté une 104 pour débuter en rallye. J’ai pulvérisé l’auto deux fois de suite. J’ai vite compris que le pilotage ce n’était pas pour moi. J’ai mis l’auto en vente. Un gars a proposé de me l’acheter à condition de le copiloter, étant donné que je connaissais les limites de l’auto. J’ai fait quelques rallyes asphalte puis j’ai rapidement bifurqué vers le rallye raid. J’ai commencé par de petites courses, des Bajas en Espagne et au Portugal, puis le rallye du Maroc où j’ai rencontré des gens qui cherchaient un copilote pour le Dakar. J’ai débuté au Dakar lors de la première édition en Amérique du Sud mais j'ai abandonné au bout d’une journée. L’année suivante, j’ai réussi à tenir une semaine. Ensuite, j’ai vu à chaque fois l’arrivée jusqu’à cette année où nous avons abandonné dans la 8e spéciale, alors que nous occupions la 5e place.

D.H. : J’ai cru comprendre que vous avez réussi à faire en sorte que votre passion devienne votre métier.

S.D. : Oui. Cela fait six ans que je suis copilote professionnel. Cela a nécessité beaucoup de travail. Je me suis mis à l’anglais car j’ai rapidement compris que c’était indispensable pour faire du championnat du Monde. J’ai vendu mes services au coup par coup. D’abord dans la petite catégorie T3 sur des autos qui n’allaient pas trop vite. Puis en T2, catégorie où j’ai remporté la coupe du Monde copilote à deux reprises. Et quand j’ai été prêt, je suis passé au T1, la catégorie reine. Maintenant, je fais partie des copilotes qui comptent dans le milieu du rallye raid. 

D.H. : L’aspect navigation est important mais disposez-vous également de compétences en mécanique, un atout qui paraît indispensable pour s’imposer au plus haut niveau ?

S.D. : J’ai beaucoup travaillé pour arriver où j’en suis aujourd’hui. Je suis allé chez Donerre, un fabricant français d’amortisseurs basé à Toulouse, pour comprendre toutes les subtilités des lois d’amortissement. Je me suis également rendu chez Matter pour comprendre comment marchait un châssis tubulaire. J’ai tout sacrifié pour le rallye. J’ai axé ma vie sur le copilotage quand j’ai compris que je pouvais en faire mon métier. J’ai également été à la casse acheter des moteurs pour les démonter et les remonter. Tous les détails comptent pour être professionnel et cela me permet aujourd’hui de faire un rapport détaillé sur le fonctionnement de la voiture aux techniciens et aux ingénieurs de l’équipe.

D.H. : Le copilote amateur qui participe au rallye du Fenouillèdes doit généralement apporter un budget pour monter dans la voiture. Certains pilotes se sont même fait une spécialité de recruter des copilotes payants. Comment expliquer à ces passionnés que vous êtes rétribué pour votre collaboration ?

S.D. : Au niveau professionnel, tu n’es pas seulement un compétiteur. Ton travail dépasse le stade du sport. Tu travailles aussi avec les ingénieurs pour développer la voiture de demain. J’ai collaboré avec Nissan et je devais livrer aux ingénieurs une analyse complète. C’est un investissement de tous les jours. Je ne suis jamais chez moi. Aujourd’hui, je suis en Italie, demain je pars pour l’Angleterre et la semaine prochaine, je serai à Dubaï pour faire des essais.

D.H. : Quel va être votre programme cette année ?

S.D. : Et bien, je vais vous livrer un scoop car la décision vient d’être prise, il y a 15 minutes. Je vais participer à l’intégralité de la Coupe du Monde de Rallye Raid en compagnie d’Harry Hunt. C’est un pilote anglais très prometteur. Il a remporté la rookie cup du junior WRC en 2010 ainsi que la catégorie 2 roues motrices dans les championnats IRC 2010 et 2012. Il a également terminé 10e de son premier Dakar en 2016. Nous allons courir sur une Peugeot 3008 DKR dernière évolution (ex Peterhansel) de l’équipe PH Sport. Si tout se passe bien, le Dakar 2019 sera aussi au programme. 

D.H. : Comment êtes-vous rentré en contact avec ce pilote ?

S.D. : C’est PH Sport qui m’a contacté pour faire un test avec Harry. Ils voulaient avoir mon avis sur les qualités du pilote et je pense aussi que leur idée était clairement de m’associer à lui. Dès les premiers tours de roue, j’ai vu que c’était un bon. Il y a un peu de travail et je vais pouvoir lui apporter mon expérience mais le potentiel est là. C’est un pilote comme Amos, l’Italien avec qui j’ai participé au dernier Dakar. Au bout de 3 km à ses côtés, j’ai vu qu’il allait gagner des courses. C’est dommage pour lui car en ce moment, il est à cours de budget.

D.H. : Entre 4x4 et Buggy 2 roues motrices, quel véhicule à votre préférence ?

S.D. : Les buggies sont plus légers et possèdent un débattement de suspensions plus grand. Ils ont également une plus grande vitesse de pointe et sur un parcours comme le Dakar sud américain, c’est un avantage. Le buggy est également un engin plus confortable mais par contre il faut être beaucoup plus vigilant pour anticiper les dangers. Les 4 roues motrices sont plus à l’aise dans les dunes et le sinueux avec de la relance. Lors du Silk Way 2017 que nous avons terminé à la 4e place, avec le même buggy à moteur Ford que nous avons utilisé sur le Dakar, Amos mon pilote italien me dit un matin : "Aujourd’hui, on va gagner la spéciale." Il est parti comme une balle sans jamais baisser de rythme et effectivement, nous avons gagné. Ca volait bas dans la voiture et c’était vraiment une sensation très particulière. Mais le véhicule qui m’a le plus impressionné, c’est le camion. J’ai fait des essais en Russie il y a trois semaines à bord d’un Kamaz. Ce mastodonte qui dérape des quatre roues, qui saute,… Ca déménage !
En voiture aujourd’hui ca va très vite, et même trop vite. J’ai d’ailleurs attiré l’attention du responsable de la FIA. Il faudrait peut-être limiter les puissances…

D.H. : Le programme que vous nous avez annoncé devrait booster votre carrière. Etes-vous promis à un bel avenir ?

S.D. : A mon niveau, j’ai cinq propositions par course. Quand j’ai débuté, mon objectif était de participer au Dakar. Mais maintenant, c’est de le gagner ! J’ai fait un choix de carrière en m’engageant avec Harry Hunt. Je pense que sur les quatre à cinq ans à venir, je suis avec le bon pilote pour atteindre cet objectif. Quand j’aurai gagné, je pourrais arrêter cette vie de dingue. La passion sera quand même toujours là et je prendrai avec plaisir le départ du rallye du Vallespir ou du Fenouillèdes.

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  • Sébastien DELAUNAY
    Sébastien DELAUNAY
  • Dakar 2017
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  • En compagnie de son talentueux et généreux pilote italien Eugenio Amos,
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  • Sébastien Delaunay a terminé 4e du Silk Way Rally (Moscou – Xi’an)
    Sébastien Delaunay a terminé 4e du Silk Way Rally (Moscou – Xi’an)
  • Dakar 2017
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Publié le par Copilot.fr
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