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INTERVIEW : Yves AVIAT

Ancien vainqueur du rallye du Roussillon 1966 au volant de la fameuse Porsche Abarth Carrera, Yves Aviat est une référence du sport automobile roussillonnais. Son nom est souvent associé à la marque Porsche, dont il est un fin connaisseur.  


Doriant Hirat : A quelle occasion avez-vous contracté la passion de l’automobile et plus précisément des Porsche ?
Yves Aviat : C’est apparu en 1957 grâce à mon grand frère. Il était étudiant en médecine et s’était payé une 356A. Il arrive à la maison et j’aperçois une grosse tortue. Sur le capot arrière, je lis l’inscription Porsche en lettres dorées. Cela n’évoquait rien de particulier pour moi. Mais j’avais entendu parler de cette voiture qui avait la réputation d’être une tueuse ! Je ne comprenais pas pourquoi mon frère avait acheté cette voiture. J’avais 21 ans et j’étais avant tout passionné par les motos de la marque Norton. On a tout de même été faire un tour avec la 356, et j’ai été complètement subjugué par cette voiture. Un peu plus tard, j’ai fait l’acquisition d’une 356 Carrera 2 puis d’une Carrera GT avec laquelle j’ai commencé les rallyes. Et puis un jour, je découvre la Porsche Abarth de Guy Hospitalier, un pilote qui faisait référence à l’époque, dans un garage à Prades. Elle était à vendre et il m’a emmené avec lui pour faire un essai au Col de Roquejalère. Il m’a fait une véritable démonstration dans la descente en enchaînant les virages comme un skieur de slalom. C’était époustouflant ! Il n’y en avait eu qu’une vingtaine de fabriquées. Je l’ai achetée immédiatement et après avoir couru avec, je l’ai revendue au préparateur Freisinger. Cette voiture a été retrouvée 31 ans plus tard aux Etats-Unis. Elle a été entièrement restaurée et a gagné le premier prix d’élégance au salon d’Essen. Elle a le châssis 09 et appartient à la collection Picasso. C’est une voiture qui a eu une grande histoire.

 

D.H :  Vous avez évoqué une carrière sportive en rallye. Pouvez-vous nous en retracer les grandes lignes ?
Y.A : J’ai commencé en 1965 avec la 356 Carrera 2 GT puis je suis passé à la Porsche Abarth. J’ai gagné le rallye du Roussillon en 1966, terminé troisième de la Course de côte de Corsavy. (Montrant une photo) A l’époque on pilotait torse nu et en espadrilles. J’ai fait quelques courses en championnat de France. En 1967, j’ai terminé 4ème du rallye du Roussillon et j’ai bien roulé également à la Targa cévenole. Il y avait 6 champions de France au départ. J’étais 3ème au classement général à la mi-course mais j’ai dû abandonner. Et j’ai arrêté là ma carrière par dépit. Ensuite, j’ai eu des voitures pour me faire plaisir comme une Porsche 904 et puis je suis passé à l’Alpine A110 pendant 5 ans. 


D.H : Je suis surpris d’apprendre ça. Je vous croyais un porschiste invétéré. Pourquoi ce choix ?
Y.A : Je cherchais une voiture légère. L’Alpine pesait 700 kg alors que la Porsche 911 était entre 1050 et 1100 kg. La légèreté apporte de la maniabilité. L’Alpine A110, c’était la voiture du moment qui a été championne du Monde des rallyes en 1973. Et puis à l’époque, les Alpine n’étaient pas chères. 

 

D.H :  Et donc après cinq années, vous êtes revenu vers les productions de Stuttgart ?
Y.A :  Après d’innombrables déboires avec les Alpine, je suis revenu à la Porsche 911 qui était devenue plus performante avec la 2.7l Carrera (une auto avec laquelle il continue de rouler aujourd’hui). Comme les entretiens chez Porsche étaient assez chers, je me suis intéressé à la mécanique et j’ai appris à m’occuper de mes voitures et de celles des copains. Au fur et à mesure, je suis arrivé à une grande connaissance des Porsche anciennes. 

 

D.H : Quand on évoque la marque Porsche dans le 66, deux noms de spécialistes viennent immédiatement à l’esprit. Le vôtre et celui de Serge Sastre. On a d’ailleurs tendance à vous opposer.
Y.A : On a fait chacun notre époque. Il est mécanicien de formation, pas moi. C’est un très bon mécano, un bon pilote et un gros travailleur mais il a un caractère spécial.

 

D.H : Comment voyez-vous la course aujourd’hui ?
Y.A : Mon fils a pris le relais. Il court sur une Porsche en VHC. Il s’y est mis sur le tard mais il se débrouille bien au volant. Aujourd’hui, les voitures sont techniquement extraordinaires et les pilotes sont très bons. C’est une évolution intéressante. Les voitures sont très sophistiquées pour des rallyes régionaux mais ce n’est pas un problème pour moi. La physionomie des rallyes a changé. On faisait beaucoup plus de kilomètres. Mais ce n’est pas moins bien qu’avant. C’est une autre époque et il faut toujours piloter. Je continue à suivre toutes les épreuves dans toutes les disciplines. 

 

D.H : Et comment pratiquez-vous votre passion ?
Y.A : Je suis toujours très attaché à Porsche mais j’aime côtoyer tous les passionnés pourvu qu’il y ait un bon état d’esprit. Avec les copains, on se retrouve régulièrement chez moi pour partager notre passion, nos souvenirs dans la convivialité. Pour faire des balades aussi. J’ai rejoint récemment le groupe de l’Automobile Club du Roussillon et j’invite tous les passionnés à en faire de même. Je roule aussi parfois en 2CV. 



D.H : Porsche a fait une grande partie de sa réputation avec son fameux moteur flat six mais est revenu au 4 cylindres sur les derniers Boxster. Un 4 cylindre à plat que vous avez bien connu sur vos 356. Que pensez-vous de ce retour en arrière ?
Y.A :
Ceux qui pensent qu’être revenu au 4 cylindres est une hérésie sont des sectaires et pas des connaisseurs. Il faut avoir l’esprit ouvert. J’en ai essayé une récemment. Le bruit du moteur est certes moins mélodieux mais l’agrément général de conduite est si exceptionnel que l’on oublie vite ce détail. Le moteur est rageur tout en étant souple à bas régime, la tenue de route extraordinaire.  J’ai conseillé à un ami d’en acheter une et il en est ravi.

D.H : Vous nous avez expliqué que vous aviez appris la subtilité de la technique des Porsche pour maitriser les coûts d’entretien. Que pensez-vous de la flambée des prix concernant les anciennes et en particulier les Porsche ?
Y.A : Pour des voitures exceptionnelles comme la Ferrari 250 GTO, c’est normal. Mais dans l’ensemble, je trouve que c’est exagéré. Quand on voit que la côte d’une Porsche 911 3.2l peut atteindre 80 000 euros. A ce prix-là, je préfère rouler dans une voiture moderne.  Et quand je pense qu’une Ferrari 240 Dino valait 20 à 30 000 francs dans les années 70 pour atteindre aujourd’hui 500 000 €. Ils se sont enfin rendus compte que ce n’était pas une Fiat mais une vraie Ferrari !

 

D.H : Avant de nous quitter, une petite anecdote pour la route ?
Y.A : Il feuillète ses albums souvenirs et tombe sur une photo et des classements du rallye du Mistral 1965. 
Y.A. : Je me présente au départ de ce rallye en ayant donné rendez-vous à un copilote que je ne connaissais pas et qui ne s’est jamais présenté. 10 mn avant de m’élancer, je demande inquiet à un organisateur s’il peut me trouver un copilote. Il y avait une bande de jeunes postés près du départ et il leur demande si l’un d’entre eux veut monter avec moi. Tous s’empressent de désigner l’un de leurs amis. A cette époque-là, le copilote n’énonçait pas de notes comme maintenant. On s’élance pied au plancher sur un parcours que je découvrais. Un peu optimiste, je sors de la route au bout de quelques kilomètres. On se retrouve dans un champ mais la voiture n’a rien. Au moment de repartir mon copilote de fortune ouvre la porte et s’enfuit. Je lui cours après et le plaque pour l’arrêter. Je vais ensuite passer quelques précieuses minutes à le convaincre de remonter dans la Porsche, lui expliquant que je n’étais pas chaud et que ça n’arrivera plus… j’en aurais tellement d’autres à raconter !

 

 

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  • Yves Aviat et sa Porsche Abarth produite exclusivement pour la course à seulement 20 exemplaires.  Un châssis de 356 entièrement recarrossé en alu (gain de poids et meilleur aérodynamisme)  et un moteur préparé par le sorcier italien.
    Yves Aviat et sa Porsche Abarth produite exclusivement pour la course à seulement 20 exemplaires. Un châssis de 356 entièrement recarrossé en alu (gain de poids et meilleur aérodynamisme) et un moteur préparé par le sorcier italien.
  • Yves Aviat a également été le possesseur de ce bel exemplaire de Porsche 904.
    Yves Aviat a également été le possesseur de ce bel exemplaire de Porsche 904.
Publié le par Copilot.fr
INTERVIEW : Yves AVIAT
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