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INTERVIEW : Jean PAPON

 "J’ai une admiration sans borne pour les, pilotes des années 60-70, l’âge d’or de la course automobile "

72 ans bon pied - bon œil, Jean Papon nous permet de jeter un coup d’œil dans le rétro à travers le prisme de sa passion. Il nous dévoile une partie de sa trajectoire hors norme agrémentée de moults détails plus intéressants les uns que les autres en version échappement libre. 

 

Dorian Hirat :  A quel moment la passion du sport automobile s’est-elle emparée de vous ?

Jean Papon : « J’avais 12 ans et l’instituteur de ma commune de Sainte Geneviève des Bois nous a emmenés à l’autodrome de Montlhéry pour voir le passage du Tour Auto. Bernadette Soubirous a eu une révélation en voyant apparaître la vierge à Lourdes, moi ça a été en découvrant les Ferrari GT 250 SW. Et depuis ce jour, la passion de l’auto ne m’a jamais quitté. A chaque moment de libre, je prenais mon vélo pour me rendre à Montlhéry distant de 12 km de la maison. En 1961-62, j’ai assisté aux 1000 km de Paris, épreuve remportée par les frères Rodriguez et ces pilotes mexicains sont devenus mes idoles. D’ailleurs aujourd’hui, je suis le représentant pour la France de la Scuderia Rodriguez. En 2010, j’ai passé 4 mois en Amérique Centrale et Amérique du Sud. Je suis allé m’incliner sur leur tombe et je me suis également rendu au Musée Fangio ainsi que dans la ville d’Arrecifes d’où sont natifs 70% des grands pilotes argentins sauf Fangio qui était de Balcarce. En parlant de voyage, j’ai aussi emmené mon épouse au cours de notre voyage de noces en 1969 sur la tombe de Jim Clark à Duns en Ecosse. Ca ne l’a pas beaucoup amusée. Dans les années 60, ma mère m’envoyait en Angleterre pendant les vacances scolaires pour prendre des cours d’anglais. Mais avec un copain français on séchait les cours et on allait au circuit de Brands Hatch en stop. On a assisté aux premiers tours de roue de la Lola T70 avec Graham Hill et John Surtees à son volant ».

 

D.H : Un peu plus tard, une fois le permis de conduire en poche comment a évolué votre passion ? 

J.P : « J’ai commencé à emprunter en cachette la Renault 10 de ma mère pour participer à des rallyes régionaux. A 21 ans, j’ai passé le CAP de moniteur d’auto-école. Je cumulais ce boulot avec celui de pompiste pour pouvoir assouvir ma passion et m’acheter une R8 Gordini. Puis j’ai acheté une Alpine que j’ai changé pour une MEP (monoplace à moteur Panhard). Mais j’ai fait une erreur car une MEP aujourd’hui ça ne vaut rien alors que les prix des berlinettes se sont envolés. Et puis, il a fallu se calmer et penser à la famille. Je suis rentré chez Renault en tant qu’essayeur proto. J’y ai travaillé de 1973 à 1978 ». 

 

D.H : En quoi consistait ce travail ?

J.P : « Je roulais dans des voitures qui n’étaient qu’à l’état de projet pour éprouver leur fiabilité en attendant que les responsables commerciaux décident de leur fabrication en grande série. J’ai testé les Renault 30, R14 et aussi toutes les voitures qui ne sont jamais sorties. Notamment la remplaçante de la R4 qui avait été conçue avec un moteur 3 cylindres. Afin de rentabiliser les études de développement, ce moteur a été revendu à Isuzu. J’ai aussi roulé dans un coupé R16 avec une ligne très futuriste qui ressemblait à une Triumph TR7 et qui devait être fabriquée chez Ligier. Mais par peur de concurrencer l’Alpine, elle n’est pas sortie. Et puis comme Renault n’a pas accédé à ma requête de rejoindre Alain Serpaggi comme metteur au point je suis parti ». 

 

D.H : Dans vos récits, on a l’impression que seules les disciplines du sport automobile sur circuit asphalte ont un intérêt pour vous ?

J.P : « En rallye ou en course de côte on se bat contre soi-même et je ne trouve pas ça très intéressant. Tandis qu’en circuit on se bat contre les autres. Et puis être à la limite sans déraper pour ne pas perdre de temps, placer la voiture au millimètre, c’est ça le grand art. Le circuit, c’est pour moi le summum du pilotage. D’ailleurs en parlant de pilotage pur, j’ai aussi fait du kart en Formule bleue au club de Brétigny sur Orge, 1er grand club français de la discipline. Ce sont les militaires américains qui ont inventé le kart en créant un châssis propulsé par un moteur de tondeuse à gazon ». 

 

D.H : Quels temps forts retenez-vous de toutes vos pérégrinations en tant que spectateur sur les circuits automobiles ?

J.P : « J’ai été marqué par la course de Jacques Laffite en championnat d’Europe de  Formule 2 sur le circuit de Rouen – Les Essarts et la victoire de Pedro Rodriguez associé à Lucien Bianchi sur une Ford GT40 lors des 24h du Mans 1969 ».

 

D.H : Et aujourd’hui comment continuez-vous à vivre votre passion ?

J.P : « Je suis à l’affut des manifestations sur circuit ou l’on peut courir pour pas cher et sans licence. Essayer de rouler librement et de manière économique au volant de ma MG Midjet, une voiture anglaise de 1962 en conduite à droite bien pratique pour rouler sur circuit. D’ailleurs on a oublié que les premières voitures françaises étaient en conduite à droite ou bien centrale. Cette ex voiture du championnat anglais préparée par Skyptune pèse environ 600 kg et est propulsée par un moteur 1330 cc de 120 ch. Je roule une fois par an à Spa Francorchamps dans les Ardennes belges, le plus beau circuit du Monde. Je vais également deux fois par an à Calafat en Catalogne.
Ma passion pour le sport auto est tellement forte que j’ai fait construire une maison juste à côté de ce circuit en 2005 et j’y ai vécu jusqu’en 2017. C’est un circuit qui sert de base d’entrainements hivernaux à la Formule E. Mais bon la Formule E ce n’est pas du sport auto et les pilotes qui y participent sont pour la plupart des ratés de la F1. Comme l’a souligné
Carlos Tavares le président de Peugeot, l’avenir de l’automobile ce n’est pas l’électricité et ses nombreux rejets polluants. Pour moi, c’est l’hydrogène facilement adaptable sur un moteur 4 cylindres mais comme ce n’est pas cher, ça n’intéresse personne ! ». 

 

D.H : Vous vous définissez comme un gardien du temple. Qu’est-ce que cela veut dire ? 

J.P : « Pas de casque intégral, pas de circuits aseptisés… Perpétuer l’automobile des années 60-70, l’âge d’or de la course auto. J’ai une admiration sans borne pour les pilotes de cette époque ». 

 

D.H : Mais il faut tout de même reconnaître que c’était une période très dangereuse avec de nombreux morts et blessés graves, n’est-ce pas ?

J.P : « Jean Berha disait « un homme qui ne prend pas de risque est un homme mort ». Le plaisir c’est quand il y a du danger et de fortes montées d’adrénaline. Et Brabham disait aussi que « la course auto était bien moins dangereuse que le sexe » . 

 

 

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Photo 1 / 4 du véhicule INTERVIEW : Jean PAPON Photo 2 / 4 du véhicule INTERVIEW : Jean PAPON Photo 3 / 4 du véhicule INTERVIEW : Jean PAPON Photo 4 / 4 du véhicule INTERVIEW : Jean PAPON
  • A 72 ans, Jean Papon continue de vivre sa passion  au volant de son Anglaise. Ici sur le circuit de Nogaro.
    A 72 ans, Jean Papon continue de vivre sa passion au volant de son Anglaise. Ici sur le circuit de Nogaro.
  • Pedro et Ricardo Rodriguez, auteurs d’une magnifique mais tragique trajectoire, ont disparu en course à 31 ans et 20 ans. Plus d’un demi-siècle plus tard, ils sont toujours de véritables icones au Mexique et les pilotes préférés de Jean Papon.
    Pedro et Ricardo Rodriguez, auteurs d’une magnifique mais tragique trajectoire, ont disparu en course à 31 ans et 20 ans. Plus d’un demi-siècle plus tard, ils sont toujours de véritables icones au Mexique et les pilotes préférés de Jean Papon.
  • Jean Papon, le pilote de Capestang, pose ici fièrement au centre de cette photo prise lors d’un roulage sur le circuit catalan de Calafat.
    Jean Papon, le pilote de Capestang, pose ici fièrement au centre de cette photo prise lors d’un roulage sur le circuit catalan de Calafat.
Publié le par Copilot.fr
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